Préparer la première rentrée scolaire des enfants de 3 ans
La première rentrée scolaire est un moment charnière, à la fois pour les enfants de 3 ans et pour leurs parents. Pour les enseignants débutants en petite section, cette étape peut sembler impressionnante, mais sa préparation minutieuse permet d’en faire une expérience positive et rassurante pour tous. Une rentrée réussie ne s’improvise pas, elle se construit si possible dès l’année scolaire précédente, avec deux objectifs essentiels : permettre aux enfants et à leurs parents de se projeter sereinement dans cette nouvelle aventure et créer un environnement familier et sécurisant pour faciliter l’adaptation et l’entrée dans les apprentissages. Ce guide propose des pistes concrètes pour organiser cette transition avec des propositions efficaces, un étagement dans le temps progressif et une harmonisation des pratiques entre les différents acteurs de l’école.
Hervé RANVILLE, conseiller pédagogique et référent CSE et Sciences chez ForProf
La rentrée des tout-petits exige une anticipation rigoureuse
Pourquoi ? Parce que les enfants de trois ans ont besoin de temps pour s’approprier les lieux, les visages et se construire une représentation mentale rassurante de ce qui va se passer.
Une préparation en amont (organisée avec les parents / la crèche) permet de dédramatiser l’entrée à l’école maternelle, de créer un lien de confiance entre les familles et l’institution, et de limiter les angoisses liées à l’inconnu. Les enfants qui ont déjà visité leur future classe, rencontré leur enseignante ou leur ATSEM, participé à des activités simples (jouer dans une classe, dans la cour) seront mentalement outillés pour aborder ce jour avec sérénité.
Pour les parents éloignés de la culture de l’école, cette préparation est réellement cruciale. Elle leur permet de comprendre le fonctionnement de l’école, les attentes et leur rôle dans cette transition et d’anticiper une séparation précoce qui n’est pas forcément dans leur culture d’origine. À l’opposé les familles qui ont l’expérience de l’école n’ont pas ces appréhensions : les parents connaissent l’école, tout comme les nouveaux élèves qui ont déjà accompagné les entrées et sorties de leurs frères et sœurs ainés.
Pour faciliter l’adaptation des enfants, trois types de repères sont à construire
On va donc faire tout ce qui est possible pour que les lieux, comme la classe, la cour de récréation ou les toilettes, soient connus avant le jour de la rentrée.
Les personnes, enseignants, ATSEM ou autres enfants, doivent être associées à des figures bienveillantes. A minima une rencontre, une image du visage sur le livret d’accueil seront des leviers rassurants. Enfin, quelques activités, qu’il s’agisse des rituels du matin, des temps de jeu, d’une récréation peuvent être anticipées non seulement pour que l’enfant sache à quoi s’attendre, mais pour créer de la désirabilité, de l’envie de participer. On ne compte pas les rentrées réussies juste parce que les élèves ont repéré le coin peinture ou les trottinettes de la cour et qu’ils y ont pensé tout l’été !
1. Les situations vécues sont les plus puissantes
Organiser des visites de l'école, des rencontres informelles avec les professeurs ou des ateliers de familiarisation permet aux enfants de créer des souvenirs positifs liés à leur future école.
2. L'information des parents joue également un rôle clé
Un livret d'accueil illustré, des vidéos ou des photos de la classe, proposés lors de l'inscription et lors des réunions d'information des parents aident à clarifier les attentes et à rassurer.
3. La mutualisation des expériences entre parents expérimentés et nouveaux parents
Ce partage va apaiser les craintes et répondre aux questions pratiques d'une façon complémentaire et moins verticale que l'information venant des enseignants.
Une préparation efficace s’étale sur plusieurs mois
Avant l'été
Il est intéressant de préparer les supports de communication, comme les livrets d’accueil ou des vidéos, d’organiser des visites de l’école pour les nouveaux élèves et leurs parents.
Une première réunion permet de créer des contacts, de répondre aux interrogations. On pensera à inviter quelques parents de l’année en cours (pourquoi pas les représentants de parents) pour permettre des échanges propices à la création d’une solidarité parentale sécurisante.
→ Lors de ces réunions : l’absence de certains parents n’est pas anodine. Le PE va repérer ceux qui ne sont pas venus qui ont sans doute besoin d’une proposition d’échanges plus adaptée à leur situation (pour des raisons sociales, linguistiques, ou de situation particulière de l’enfant).
Les jours qui précèdent la rentrée
Ils peuvent être consacrés à des rappels pratiques : envoyer un message avec les horaires, le matériel à apporter ou les détails logistiques.
Par exemple, il est possible de d’annoncer et d’organiser une rentrée échelonnée avec pour la première matinée un accueil par tranche horaire (8:30 - 10h pour un groupe 10h -11h30 pour un autre – ce qui limite le nombre d’élèves à accompagner … et l’anxiété de certains parents.
Un temps d’accueil informel le jour de la prérentrée peut également être organisé pour répondre aux dernières questions des parents et rassurer les enfants.
L’accueil personnalisé du jour J et un rituel de séparation annoncé
- Pour la plupart des enfants, cela se passe simplement, l’enfant quittera son parent et s’orientera vers les activités proposées. Le parent s’en va et reviendra au moment convenu.
- Pour d’autres, le moment de la séparation avec les parents est ambivalent. Parfois, on ne sait pas qui des deux ne veut pas quitter l’autre et la médiation du professeur des écoles va orienter les enfants vers les activités, assurer le parent qui pourra s’en aller.
- Pour quelques autres, ce sera un moment douloureux et chagrin qui demande un maximum d’attention. Par contagion deux enfants en pleurs peuvent perturber tout le reste des enfants présents.
C’est là que la bonne organisation matérielle de la classe et la contribution de l’ATSEM va donner de la disponibilité au PE pour gérer les séparations délicates. Parfois, un des enseignants du Rased pourra être présent. L’enjeu de l’accueil est donc d’aménager quelques points d’intérêts « irrésistibles » coins jeux / dinette/ élevage / dessin / construction… qui vont permettre l’activité autonome de la majorité des élèves, pour libérer le professeur qui pourra se consacrer à l’accueil des plus fragiles ou des moins motivés qui ont besoin d’un accueil « relationnel » là où la majorité des enfants sera déjà centrée sur les activités proposées.
Enfin, la rentrée échelonnée dont j’ai parlé précédemment va alléger le nombre de présents et limiter les effets de groupe. Pour des élèves en situation de handicap, ou avec un PAI (qui vont aussi faire leur rentrée avec leurs futurs camarades (ou ceux qu’ils connaissent peut-être déjà via la crèche …). Tous ces éléments sont évidemment encore plus sensibles et doivent s’anticiper – d’autant que des besoins spécifiques doivent être pris en compte – aménagements matériels, pédagogiques et coordination avec un éventuel AESH. Mais différer la rentrée (sauf situation particulière) serait déjà introduire une discrimination contre laquelle on lutte et serait mal vécue par l’enfant et ses parents qui se réjouissent à l’avance de l’inclusion de leur enfant …!
Scénariser la séparation
Plusieurs rituels peuvent être installés :
le « câlin ou bisou d’au revoir » : proposer à l’enfant de faire un câlin ou un bisou / de donner sa tétine à son parent avant de rejoindre le groupe et de se tourner lui-même vers une activité pour marquer le passage dans le monde de l’école.
L’objet transitionnel : accepter un doudou, un petit mot, ou objet de la maison que l’enfant garde avec lui en classe pour le rassurer.
Certains locaux permettent un système de « fenêtre d’observation » : les parents peuvent rester quelques minutes près de la classe (sans entrer) pour voir que leur enfant s’adapte bien, avant de partir discrètement.
Dans tous les cas, il faut éviter les au revoir interminables : un départ en plusieurs étapes voire les faux-départs avec le parent qui revient, génèrent une anxiété mutuelle et perturbe la mise en œuvre des premières activités collectives que le PE aura prévues.
Une séparation nette, même si elle est difficile, est préférable à celle qui prolonge l’angoisse.Une fois la séparation effectuée, l’enfant a besoin d’être immédiatement impliqué dans une activité pour centrer son attention et le faire entrer dans le bain de l’école.
Si une telle harmonisation n’existe pas dans l’école c’est très tôt dans l’année qu’une réunion d’équipe projettera d’améliorer l’accueil lors de la rentrée de l’année suivante. Elle permet d’échanger sur les pratiques, de partager les informations et de définir les messages et d’élaborer les supports nécessaires (livret d’accueil, vidéos) et les phases d’accueil que l’on va adopter et mettre en œuvre pour la rentrée suivante.
Si vous êtes nouvel arrivant dans l’école cela peut faire partie de vos propositions d’action en lien avec le projet d’école.
Quels supports ?
- Le livret d’accueil pourra inclure des images de la classe, des horaires types, une liste du matériel à apporter et des conseils pour préparer l’enfant à cette nouvelle aventure.
Il existe des livrets d’accueil multilingue en versions PDF et même audio pour les familles non lectrices.
Des exemples de livrets :
• https://prim27.ac-normandie.fr/IMG/pdf/de_pliant_3_volets_ecole_les_cha_taigniers.pdf
• https://prim27.ac-normandie.fr/IMG/pdf/flyer_e_cole.pdf
- La vidéo soit faisant partie de captations de l’école (donc à anticiper largement, y compris avec les autorisations des parents) ou issues de vidéos de situations pédagogiques repérées sur internet.
- La checklist pour les enseignants pourra lister les étapes clés :
- créer et diffuser un livret d’accueil
- harmoniser les messages avec l’équipe éducative
- organiser une visite de l’école en juin,
- prévoir un temps d’échange avec les parents avant l’été
- préparer la classe avec des repères visuels activités motivantes - Les listes de diffusion par mail : l’école dispose d’une adresse administrative et chaque enseignant d’une adresse mail professionnelle configurée sur les serveurs de l’académie. En aucun cas, vous ne devez échanger avec des parents sur une adresse personnelle.
Les premières activités
L’enjeu est de créer de la désirabilité, de l’envie de participer à des enfants qui entament une scolarité de plus de 15 ans ! On n’est donc pas pressé car on travaille pour le long terme.
Il ne s’agit donc pas d’obliger des élèves à venir s’asseoir tous ensemble dans un coin regroupement avec une ATSEM dans le rôle d’un rabatteur qui pousserait tous les élèves à se rapprocher du professeur. C’est au professeur de proposer quelque chose qui va attirer les élèves vers lui…
Selon sa personnalité, le professeur pourra commencer à chanter, sortir un instrument de musique personnel dont il jouera ou annoncer qu’on va découvrir quelque chose d’intéressant qui était resté masqué sous un drap depuis l’arrivée des élèves …..
Ce n’est pas grave si quelques élèves ne rejoignent pas le groupe le premier jour … soyez sûrs qu’ils ne sont pas moins attentifs que les autres …
Et je vais conclure sur cette idée … c’est un peu l’histoire du renard et du petit prince :
- Que faut-il faire (pour s’apprivoiser) ? dit le petit prince. - Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'œil et tu ne diras rien
Et progressivement l’enfant s’approchera soyez confiants.
C’est sur l’évocation de ce tissage de la confiance mutuelle que se termine ce podcast consacré à la première rentrée des élèves à l’école maternelle.