Les écrans chez les enfants : quels effets et quel rôle pour l’école ?
À l’ère du numérique, les écrans (téléviseurs, tablettes, smartphones, ordinateurs) occupent une place centrale dans le quotidien des familles. Pour les enfants de 3 à 11 ans, ces outils peuvent représenter à la fois une source d’apprentissage, de divertissement et de socialisation, mais aussi un défi pour leur développement cognitif, émotionnel et physique. La problématique des écrans chez les enfants est complexe : elle soulève des questions sur leur impact sur l’attention, le sommeil, les interactions sociales et même leur réussite scolaire. Comment concilier les bénéfices des technologies numériques avec la nécessité de préserver le développement harmonieux de l’enfant ? Cette synthèse explore les multiples facettes de cette question, en s’appuyant sur des études scientifiques, des recommandations pédagogiques et des retours d’expérience de parents et d’enseignants.
Hervé RANVILLE, conseiller pédagogique et référent CSE et Sciences chez ForProf
Les opportunités éducatives et créatives des écrans
Quels bénéfices éducatifs et créatifs ?
Les écrans sont des outils, seule leur utilisation peut être problématique.
- Ils permettent l’accès à des ressources variées. Les enfants peuvent explorer des documentaires, des tutoriels ou des livres numériques qui enrichissent leurs connaissances en sciences, en langues ou en arts.
- Ils développent également des compétences numériques.
- À partir du cycle 3, la maîtrise de celles-ci peut favoriser l’autonomie et la préparation à un environnement professionnel futur.
- La créativité constitue un autre apport possible : des logiciels de dessin, de musique ou de programmation, comme Scratch pour les plus jeunes, stimulent l’imagination et la résolution de problèmes.
Des outils numériques au service de l’inclusion
Les écrans peuvent aussi faciliter l’inclusion des enfants en situation de handicap ou à besoins particuliers, grâce à des outils adaptés : dictée vocale, logiciels de correction, exerciseurs et interfaces adaptés.
Les limites des écrans et les risques liés aux réseaux sociaux
Les outils de socialisation et les réseaux sociaux ne sont pas adaptés aux élèves d’âge primaire. Seule leur existence et la prise de conscience des dangers relèvent des apprentissages prévus au programme. Tous les réseaux sociaux, même adaptés aux enfants, peuvent aussi exposer à des risques de cyberharcèlement ou de comparaison sociale précoce.
Les risques liés à une exposition excessive ou mal encadrée
Conséquences sur le développement de l’enfant
Les effets d’une exposition excessive ou inadaptée aux écrans sur le développement cognitif, physique et émotionnel font l’objet de nombreuses recherches scientifiques. Plusieurs aspects méritent une attention particulière.
- Attention et concentration : les contenus numériques rapides et fragmentés (vidéos, dessins animés) peuvent réduire la capacité d’attention des enfants. Les enfants exposés précocement et massivement aux écrans peuvent rencontrer davantage de difficultés à se concentrer sur des tâches longues, comme la lecture ou le travail scolaire.
- Retard de langage : chez les tout-petits (3-6 ans), l’exposition aux écrans passifs, comme la télévision, peut limiter les interactions verbales avec les adultes, essentielles au développement du langage. En 2019, l'INSERM aurait révélé que les enfants de 3 ans passant plus de deux heures par jour devant un écran avaient trois fois plus de risques de présenter des retards de langage. La référence exacte de cette étude et les conditions de ce résultat sont à vérifier avant publication.
- Anxiété et troubles du comportement : certains contenus (violents, anxiogènes) ou une utilisation excessive peuvent générer de l’anxiété, de l’agressivité ou des symptômes dépressifs.
- Santé physique : la réduction de l’activité physique associée à certains usages des écrans, ainsi que la consommation d’aliments de mauvaise qualité nutritionnelle, comptent parmi les facteurs pouvant contribuer à l’obésité.
- Image corporelle et troubles alimentaires : les comparaisons corporelles précoces sur les réseaux sociaux peuvent également contribuer à des difficultés liées à l’image de soi et à des comportements alimentaires problématiques, notamment chez les jeunes filles.
Répercussions sur les apprentissages scolaires
- Cela s’explique par :
Baisse des résultats scolaires : plusieurs études, notamment dans le cadre des enquêtes PISA, ont examiné les liens entre les usages numériques et les résultats scolaires. Un temps d’écran important ou des usages inadaptés peuvent être associés de moins bons résultats, notamment en lecture et en mathématiques.
o Une réduction du temps consacré aux apprentissages ou à la lecture.
o Une diminution de la qualité des interactions avec les enseignants et les pairs.
o Une surcharge cognitive due au multitâche (apprendre ses leçons avec une vidéo en fond tout en regardant une vidéo, par exemple).
Autres impacts sur les jeunes enfants
Les écrans ne remplacent pas les activités manuelles (dessin, bricolage), les jeux en plein air ou les interactions sociales en face-à-face, essentielles pour développer la motricité fine, l’empathie ou la coopération.
Comment agir en tant qu’enseignant ?
Les recommandations officielles pour étayer son discours
Face à ces enjeux, plusieurs institutions, comme l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’Académie nationale de médecine et le ministère de l’Éducation nationale, ont émis des recommandations pour limiter les risques tout en tirant parti des opportunités du numérique. Les repères du ministère de l’Éducation nationale invitent à adapter les usages à l’âge de l’enfant et à privilégier un accompagnement par un adulte. Les recommandations distinguent notamment les usages à la maison et ceux qui sont organisés dans un cadre pédagogique à l’école.
Pour les enfants de 3 à 11 ans, le guide ministériel «Bien grandir avec les écrans : des repères pour chaque âge» propose les orientations suivantes :
- Avant 3 ans : l’usage des écrans est proscrit.
- De 3 à 6 ans : l’usage est déconseillé et doit rester exceptionnel, avec un contenu adapté et un accompagnement par un adulte.
- De 6 à 9 ans : l’usage doit être limité et encadré. L’enfant ne devrait pas disposer d’un accès autonome à Internet.
- De 9 à 12 ans : les usages doivent rester modérés et encadrés, avec une surveillance active et une sensibilisation aux risques numériques.
Ces repères concernent les usages des enfants et ne signifient pas que tout usage pédagogique des écrans à l’école est exclu. À l’école, le numérique doit être utilisé de manière progressive, encadrée et intégrée aux activités d’apprentissage.
Dans tous les cas, le ministère recommande également des règles simples pour favoriser un usage équilibré :
- Pas d’écran le matin avant l’école.
- Pas d’écran pendant les repas.
- Pas d’écran dans la chambre.
- Pas d’écran avant d’aller se coucher.
Agir dans le cadre des missions de l’école
L’école a un rôle à jouer, que ce soit par la sensibilisation (éducation aux médias des élèves), la promotion d’activités sans écran et des actions de co-éducation avec les parents et des partenaires. Elle sait être réactive , exemple : suppression des références aux écrans et au numérique dans les programmes de C1 pour la maternelle 2026.
Sensibiliser et accompagner les familles
Le rapport des parents aux écrans est très modélisant pour les enfants : il est donc essentiel qu’ils interrogent leurs propres usages. Les limites à fixer aux enfants ne peuvent être les mêmes que celles des adultes : il est important que les adultes soient capables d’adapter les règles aux besoins et à l’âge des enfants.
Prévenir les risques au quotidien et travailler avec les partenaires
Au quotidien, l’enseignant doit être conscient de l’aspect sécurité de cette problématique. Il devra parfois rappeler à des parents la nécessité de surveiller leur enfant aux entrées et sorties des classes plutôt que d’être sur leur portable…. A plus long terme, lors des réunions et rendez-vous avec les familles, les enseignants doivent être porteurs du savoir scientifique sur les effets des écrans et soutenir des parents dans la pose des limites. Le médecin scolaire peut contribuer à des actions et projets de sensibilisation, notamment en maternelle où la prévention est la plus efficace, les parents étant souvent en demande d’accompagnement. Dans les cas les plus graves (addictions enfantines ou parentales) cela peut conduire à un signalement pour défaillance éducative.